Littérature française: Centenaire Duras avec Joëlle Pagès-Pindon

C’est devant un maigre public de francophones et francophiles, rassemblés au sommet de la tour Desmarais de l’université d’Ottawa, que s’est tenu l’un des premiers événements de langue française de l’histoire du festival. Invitée avec le soutien de l’Alliance française et de l’Ambassade de France, l’auteure et universitaire française Joëlle Pagès-Pindon a habilement réussi à transmettre sa passion—fort bien documentée—pour les nuances de l’œuvre monumentale de Marguerite Duras, figure emblématique de la littérature française du XXe siècle.

 

S’appuyant sur l’ouvrage posthume Le Livre dit , qu’elle a elle-même recherché, annoté et publié chez Gallimard, Pagès-Pindon a brossé un portrait intime de Duras ainsi que des électrons plus ou moins libres qui gravitaient dans son univers personnel. C’est ainsi que le public, conquis d’avance, a pu savourer anecdotes et révélations sur Yann Andréa, à la fois muse et compagnon improbable de Duras; sur le penchant quasi obsessif (mais si romanesque) de cette dernière pour les amours interdites; et sur les nombreux paradoxes qui animaient Duras dans son art et ses prises de position. En écoutant Pagès-Pindon, on en venait presque à voir Duras au travail, à l’imaginer attablée à son bureau, cherchant à tout exprimer par son écriture et son art, parfois avec la maladresse qu’on lui connaît, mais toujours avec sincérité et précision.

 

Ne mordant pas à l’hameçon tendu par le public et l’excellente animatrice Catherine Voyer-Léger, l’auteure est demeurée prudente au sujet de l’impact politique des écrits de Duras. Aujourd’hui encore, la seule mention du nom de la célèbre écrivaine suscite souvent une vive controverse en France, en souvenir des polémiques qu’avaient jadis soulevées ses propos tranchés. Pagès-Pindon n’a toutefois pas hésité à reconnaître la contribution de certaines œuvres—pensons notamment à Hiroshima mon amour , ou bien au célèbre L’Amant , qui lui a valu le Goncourt en 1984—à la psyché française de l’après-guerre. Il n’en demeure pas moins probant que l’Asie, qui a tant marqué Duras, s’arrache toujours les dernières traductions de ses œuvres, et sollicite, encore cette année, les lumières de Pagès-Pindon lors de ses grandes tables rondes.

 

Il était difficile de ne pas voir, en cette soirée, l’incarnation même de l’esprit du festival : un entretien courtois et enjoué avec une auteure accomplie, qui ose consacrer ses talents à l’analyse d’une autre auteure encore d’actualité. Notons par ailleurs la qualité du public qui, bien que clairsemé, a su alimenter la discussion de façon informée et articulée.

 

Il est à espérer que le festival, ainsi que ses partenaires, poursuivra cette programmation de langue française, et que le public s’y rendra en plus grand nombre. J’y serai certainement.