Tout sauf ennuyeux : Une Soirée avec David Bellos

Le 23 octobre dernier était un soir de double première. Non seulement c’était la première fois que j’assistais à une conférence dans le cadre du Writers Festival, mais cette présentation à laquelle je me rendais marquait également le début de la collaboration francophone de l’Ambassade de France et de l’Alliance française avec le Festival, et était la première donnée en français.

 

Son propos ? La vie d’un auteur français parmi les plus importants du siècle dernier et qui aurait, en mai prochain, fêté son centième anniversaire : Romain Gary.  Pour en parler devant la dizaine de lecteurs férus du romancier français, réunis dans la faculté de business  de l’Université d’Ottawa, David Bellos,  biographe et traducteur accompli, enseignant la littérature française et comparée à Princeton, et ayant signé en 2010 l’ouvrage Romain Gary: A Tall Story.  Tout comme l’homme du jour, Bellos a gagné, une seule fois cependant, le prix Goncourt de la biographie pour celle qu’il a réalisée de Georges Perec.

 

Dès le départ, sans formalités, Bellos nous présente Romain Gary, cet homme à la fois juif, polonais et français, qui était non seulement écrivain, mais aussi diplomate, aviateur, journaliste, millionnaire, réalisateur, et, dans l’« arnaque la plus spectaculaire des temps moderne », doublement écrivain, ce qui lui a permis de devenir le seul auteur à gagner une seconde fois le prix Goncourt. Bellos parle de Gary, qu’il a connu en travaillant sur Perec, un peu par hasard, comme s’il le connaissait (ou l’avait rencontré dans un film de Woody Allen).

 

Tout au long de sa présentation, que pas un bruit n’interrompt, il nous guide à travers sa vie comme à travers un des romans de l’auteur : on suit Gary lorsqu’il arrive à Nice et décide de devenir français; lorsqu’il est décoré grâce au courage dont il a fait preuve et à la chance qu’il a eue dans sa carrière d’aviateur pour l’armée française; et lorsqu’il est devient par hasard, ou encore une fois, par chance, diplomate français à Sofia (Bulgarie), à Berne (Suisse) et aux États-Unis. On le contemple aussi atteindre son apogée artistique et personnelle à Los Angeles, et devenir cet homme cynique que Bellos qualifie de très probablement peu agréable à côtoyer, et qui collectionne les conquêtes amoureuses avant de rencontrer la femme de sa vie, Jean Seberg. Finalement, on l’observe débuter sa chute, et chercher, pour une dernière fois, à se réinventer sous le nom de plume d’Émile Ajar, cet autre écrivain au style totalement distinct qu’il incarnera durant plus de 5 ans, jusqu’à ce qu’il ne mette fin à ses jours.

 

Si la vie entière de Gary, cet homme « tout sauf ennuyeux », tel que l’avais promis Bellos, tient en haleine l’auditoire, la partie de la présentation touchant à la supercherie Gary-Ajar est visiblement celle que le public attend le plus, moi y comprise. Et je ne suis pas déçue. Le conférencier raconte en détails la façon dont Gary a réussi à faire publier les livres d’Ajar sans que son stratagème ne soit découvert, les aventures ayant eu lieu autour des entrevues faites avec le faux Ajar, les remords passagers de ce dernier, ainsi que le dénouement de l’histoire, dont la clé réside dans le document « Vie et Mort d’Émile Ajar », laissé par Gary à son éditeur, une des seules personnes connaissant la véritable identité d’Ajar, et publié à titre posthume.

 

L’assistance, dont la grande majorité avait lu Gary, a ensuite posé quelques questions très pertinentes, ayant surtout trait aux habitudes d’écriture de Gary, ainsi qu’à certaines de ses œuvres en particulier. L’expertise évidente de Bellos pour son sujet ainsi que les connaissances du public ont permis de faire passer la suite de la présentation d’un exposé de type universitaire à une discussion enthousiaste, quoique courte, sur cet homme aux multiples facettes qui était avant toute chose un écrivain, « parce qu’il avait besoin d’écrire ».

 

En apprendre autant sur un auteur de la trempe de Gary, de la bouche d’un homme passionné et passionnant, et dans une ambiance aussi conviviale était exactement ce qu’il fallait pour que je devienne une grande admiratrice du Festival. J’espère qu’un plus grand nombre de présentations francophones d’une telle qualité seront ajoutées aux programmes des prochaines années, et que j’aurai même de la difficulté à me trouver un siège la prochaine fois !